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FABRICE JAUMONT

Educateur et chercheur, auteur de "La révolution bilingue"

Monsieur Jaumont, pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Je suis un éducateur et chercheur français basé à New York depuis 2001. Je suis actuellement attaché d'éducation pour l'ambassade de France aux États-Unis, chercheur affilié à la Fondation Maison des sciences de l'homme à Paris et professeur associé à la City University of New York. Je suis également président du Centre pour l’avancement des langues, de l’éducation et des communautés (CALEC), une maison d'édition à but non lucratif engagée dans le plurilinguisme, la compréhension interculturelle et le soutien des communautés linguistiques. J’ai écrit plusieurs livres, dont La Révolution bilingue : le futur de l’éducation s’écrit en deux langues, qui fournit des outils et des conseils aux parents et aux éducateurs qui souhaitent créer un programme bilingue dans leur école. Il est disponible en 11 langues. Enfin, je suis titulaire d'un doctorat en éducation comparée et internationale de New York University.

Vous êtes connus pour participer activement à une "révolution bilingue", notamment avec un podcast passionnant et des publications sur ce thème, pourriez-vous nous expliquer en quoi cette révolution consiste ?

Avec plusieurs parents d'élèves de New York, j’ai développé une approche qui implique la participation active des parents dans la construction de filières plurilingues dans les écoles, approche qui a par la suite été appelée la Révolution bilingue. La méthode d’organisation, que je décris en détail dans le livre du même nom, a permis le développement de nombreuses filières bilingues dans plusieurs langues, en particulier le français, l'italien, l'allemand, l’arabe, l’espagnol, le chinois, le russe, le japonais ou le polonais. Les premières filières bilingues francophones qui en découlent ont servi de modèles et suscité l'attention de nombreux médias. Le New York Times m’a d’ailleurs surnommé le « Parrain des filières d’immersion linguistique » en 2014. En 2018, je suis invité par le journal French Morning à animer un podcast intitulé Révolution bilingue dans lequel j’échange avec des chercheurs et des praticiens sur les différents aspects du bilinguisme.  


Que pourrait-on améliorer au niveau des politiques publiques, notamment en lien avec les langues minoritaires, afin que celles-ci trouvent également leur place dans notre société (en Europe) ?

Les parents d’élèves, qui ont été à l’initiative de nouveaux programmes bilingues ou de filières en immersion dans le cadre de la Révolution bilingue, accordent beaucoup d’importance aux bénéfices du bilinguisme, du bi-lettrisme et du biculturalisme. Certains d’entre eux en ont offert un témoignage dans mon livre. Ce qui importe, pour améliorer les politiques publiques, est d’encourager les écoles à valoriser les compétences plurilingues des élèves, à travers l’apprentissage de nouvelles langues aussi tôt que possible par exemple, de préférence par le biais de programmes immersifs, mais aussi en maintenant les langues parlées à la maison. Certains parents sont animés par un fort désir de préserver leur patrimoine linguistique. C’est mon cas à New York où mes filles poursuivent une éducation en deux langues dans les écoles publiques de la ville. Dans ce but, ces parents veulent que les écoles accordent de la valeur à la langue et à la culture des enfants. À l’heure où les écoles repensent l’éducation bilingue pour qu’elle soit accessible à plus d’élèves, les politiques publiques doivent donner les moyens aux parents et les soutenir quand ces derniers peuvent jouer un rôle dans la création de programmes bilingues. La multiplication des filières bilingues aiderait nos sociétés et serait génératrice d’une plus grande cohésion sociale si nous formions des citoyens ouverts au monde et ouverts aux autres, par l’apprentissage de toutes les matières en deux langues ou plus.


Le français a le vent en poupe dans de nombreux pays, ce n'est pas tellement le cas des langues étrangères enseignées en France : que pourrions-nous apprendre des pays où le multilinguisme est réellement vécu et soutenu au quotidien, comme les Etats-Unis ou le Canada ?

Partout dans le monde, les programmes bilingues doivent une grande partie de leur succès à la volonté même des parents d’élèves. Aux États-Unis, une grande majorité des programmes bilingues en immersion ont été créés simplement parce que les familles en faisaient la demande, ou réussissaient à convaincre les directeurs d’école de leurs avantages. Les parents d’élèves défendent depuis longtemps l’éducation bilingue et appuient la mise en œuvre de programmes bilingues avec des contributions financières ou encore du bénévolat. Il ne s’agit pas simplement d’un phénomène américain ; il existe de nombreux exemples internationaux d’initiatives lancées par des parents d’élèves intéressés par l’éducation bilingue pour leurs enfants, soit pour acquérir une nouvelle langue, soit pour préserver leur patrimoine linguistique. Ce qui lie tous ces mouvements, c’est le désir des parents à ce que leurs enfants acquièrent des compétences et des avantages précieux pour les aider à réussir dans un monde globalisé.

Enfin, très concrètement, quels conseils donneriez-vous aux parents qui n'ont pas accès aux écoles bilingues et qui souhaitent l'éducation bilingue de leurs enfants ?

Les parents d’élèves peuvent réellement jouer un rôle important pour leur communauté en créant un programme bilingue ou une filière en immersion où qu’ils soient. Vous trouverez ici une feuille de route pour les parents d’élèves qui seraient intéressés par la création d’un programme bilingue en immersion dans l’école de leur(s) enfant(s). Cette feuille de route est divisée en trois parties: Sensibilisation ; Trouver une école; Lancer le programme

Crédit photo : @Frenchmorning