HÉLÈNE

Un bilinguisme "osé" : parler une autre langue que sa langue maternelle à son enfant

Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

J'ai 35 ans, je suis chef de projet éditorial. J'ai un master en communication des entreprises mais avant d'étudier la communication, j'ai étudié l'Espagnol à la Sorbonne et ai obtenu une Licence LLCE (Lettres, Langue et Civilisations Étrangères). J'ai commencé l'Espagnol à 14 ans, en 4e et cette nouvelle matière qui m'a plu tout de suite a été une révélation en quelques mois. J'ai démarré très vite les séjours linguistiques et je suis ensuite allée très régulièrement en Espagne pour quelques courts séjours avec ou sans cours de langue.


Tu fais le choix de parler espagnol à tes enfants, même si ce n'est pas ta langue "maternelle" - qu'est-ce qui a motivé ce choix ?

Comme je n'ai personne à qui parler en espagnol au quotidien, cela me permet d'avoir quelqu'un et de partager ma passion à chaque instant ! Mais je me suis surtout dit que, grâce à cet enseignement à la maison dans nos échanges de tous les jours, elles n'auraient jamais à l'apprendre comme moi j'ai dû l'apprendre à l'école. Autrement dit, elles auront peu d'efforts à faire quand elles apprendront l'espagnol mais aussi l'anglais puisque leur cerveau sollicitera déjà très bien les zones "langues". Les enfants bilingues développent des facultés que d'autres enfants ont moins. Par exemple, on dit qu'ils comprennent et opèrent plus rapidement les changements de consignes que les enfants unilingues. Enfin, cela développera leur vocabulaire. Pour ma part, je n'ai pas fait de latin mais l'espagnol m'a permis de comprendre certains mots français que je ne connaissais pas. Et, "last but not least", je pense et j'espère qu'un jour elles seront fières de très bien comprendre une autre langue et j'espère qu'elles continueront son apprentissage. Elles seront aussi très à l'aise en Espagne ! Beaucoup de raison donc...

Comment cela se passe-t-il concrètement au quotidien avec tes filles ?


La plus grande à 3 ans, la seconde à 6 mois. Je leur parle en espagnol depuis mes deux grossesses. La plus grande comprend absolument tout ce que je lui dis mais me répond en français. J'ai toujours fait le choix de ne pas l'obliger à me répondre en espagnol. En revanche, je traduis très souvent ce qu'elle me répond et je continue le dialogue en espagnol. Cela lui fait entendre ce qu'elle ne me dit pas et continue de lui faire apprendre. En présence de mon mari, j'évite de lui parler en espagnol car il ne comprend pas et je ne veux pas l'exclure des échanges. Néanmoins je constate qu'il semble trouver bien qu'elle apprenne une autre langue. Il n'est pas porté sur la chose mais semble me faire confiance, ce que j'apprécie. Ma fille aînée place souvent et de plus en plus souvent des mots espagnols dans ses phrases, ce qui veut bien dire que cette langue est ancrée dans sa tête. Je ne sais pas si on peut dire qu'elle est bilingue mais il est clair que, malgré ce gros déséquilibre de niveau entre l'expression dans les deux langues, elle vit tous les jours avec ces deux langues. Pour moi, c'est une grande de victoire !

Je voudrais dire aux personnes qui pensent faire comme moi qu'elles ne doivent pas avoir peur d'apprendre des erreurs à leurs enfants car, après 3 ans, les médias comme la télévision sont une source fiable pour entendre une langue parlée correcte. Par ailleurs, les livres ne comportent pas d'erreurs et il existe des contes audio et des podcasts à mettre en voiture par exemple ou pendant que l'on joue. Ces medias rattrapent en quelque sorte le niveau que nous n'avons pas si la langue en question n'est pas notre langue maternelle. 


Est-ce que tu t'appuies sur des structures locales pour favoriser le bilinguisme de tes enfants ? Penses-tu qu'en France le bilinguisme soit vu et vécu de manière positive ou il y a encore du travail à faire, notamment au niveau des écoles ?

Je ne peux malheureusement m'appuyer sur aucune structure locale car toutes sont à Paris ou ne prévoient pas d'espagnol ou à des horaires de siestes ou le mercredi... Ma fille ainée est petite et je ne veux pas l'emmener en RER à Paris, en voiture cela fait loin et on est en période de Covid donc je limite les interactions sociales. 

Je pense qu'il y a beaucoup à faire en France pour le bilinguisme ou, en tous cas, modifier les pratiques d'apprentissage des langues étrangères. Il faudrait développer les échanges entrés élèves avec, par exemple, des mises en situation ou la venue de correspondants dans les foyers mais sur quelques années et avoir un interlocuteur régulier. Les nouveaux moyens de communication aujourd'hui permettent tant de choses !