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JEAN-MARC

Pourquoi la communication entre conjoints est essentielle pour la réussite du projet bilingue

Peux-tu te présenter en quelques lignes ? Combien de langues parles-tu ?


Je m’appelle Jean-Marc, j’ai 37 ans, j’ai eu la chance d’étudier et de travailler dans plusieurs pays européens. Je parle français (langue maternelle), anglais et allemand. Nous sommes avec ma compagne les heureux parents d’une petite fille de 4 ans et bientôt d'une 2ème petite merveille. Ma compagne est allemande et nous avons toujours souhaité que nos enfants puissent grandir et évoluer dans un environnement franco-allemand, et plus largement multiculturel. Nous avons eu le plaisir de réaliser tous les 3 un tour du monde de 6 mois en famille, une expérience humaine inoubliable qui nous a permis de rencontrer des parents et des enfants formidables et de profiter d’une diversité culturelle et linguistique sans commune mesure !


Tu vis au sein d'une famille multilingue : ta femme est allemande, ta fille franco-allemande. Comment gères-tu cela au quotidien ? Comment vis-tu ce beau méli-mélo de langues, n'étant pas bilingue toi-même ?


Nous avons instauré avec ma compagne dès le départ et de manière très naturelle et instinctive avec notre fille une égalité parentale à tous les niveaux (éducation, organisation au quotidien, etc.) ; ce qui devrait être selon moi la norme dans tous les couples. Sur le plan linguistique, je parle à notre fille uniquement en français, ma compagne lui parle uniquement en allemand, ce qui nous a permis de tisser chacun avec elle une relation faite d’amour et de complicité très personnalisée mais également très complémentaire. Cela a selon moi permis à notre fille d’identifier très clairement et simplement la langue parlée par chaque parent et de mieux maîtriser les deux langues, Français et Allemand, qui sont parlées par deux personnes dont c’est la langue maternelle. Comme nous habitons en France, avec ma compagne, nous parlons la majeure partie du temps en Français, mais il nous arrive de parler en Allemand afin que notre fille comprenne également que ses parents peuvent s’exprimer très facilement dans les deux langues. D’un point de vue personnel, vivre dans un environnement totalement bilingue m’a permis d’améliorer significativement mon niveau d’Allemand, aussi bien dans la compréhension que dans l’expression.


De nombreux parents "arrêtent" de parler leur langue maternelle à leurs enfants car le conjoint ne maîtrise pas assez la langue, que leur conseillerais-tu ?


Je pense qu’on ne peut pas juger tel ou tel parent de vouloir arrêter de parler leur langue maternelle à leurs enfants ; il y a forcément une ou plusieurs raisons intrinsèques à cela et il faut respecter leur choix. Avoir des enfants, c’est un véritable bonheur mais c’est aussi parfois difficile à concilier avec les contraintes et les soucis du quotidien. Donc on peut imaginer que parler à ses enfants dans sa langue maternelle alors que l’autre conjoint ne maîtrise pas la langue représente un effort supplémentaire et rajoute de la difficulté à la difficulté de tout concilier au quotidien. Ce que je conseillerais aux parents qui ont l’impression que cela ne fonctionne pas ou bien qui souhaitent abandonner, c’est de ne jamais rien lâcher et que les deux parents fournissent les mêmes efforts pour maintenir la pratique quotidienne de leur langue maternelle avec leurs enfants. Parler deux langues ou plus pour un enfant, c’est une chance incroyable, une richesse humaine inestimable, mais c’est aux parents d’initier, tous les deux et en parfaite cohésion, cette pratique et cette culture auprès de leurs enfants.


Penses-tu que les pouvoirs publics devraient faire encore plus pour favoriser les langues, quelles qu'elles soient ? Faire des semaines linguistiques dans les écoles, motiver les rencontres entre multilingues, etc. ?


On pourrait dire que la France est un pays un peu « schizophrène ». Les Français sont de vrais globetrotters. Ils ont la bougeotte, ont toujours envie de voyager et de découvrir de nouveaux pays, de nouvelles cultures, de partir travailler dans un autre pays en tant qu’expatrié ou bien tout simplement de prendre une année sabbatique. Paradoxalement, notre niveau en langues est très médiocre, voire mauvais quand on le compare avec celui d’autres pays d’Europe ou d’Asie. Ces lacunes en langues sont en grande partie dues aux pouvoirs publics qui n’investissent pas assez dans l’enseignement des langues à l’école, ou alors qui suppriment sans motif légitime des parcours d’enseignement et de formation dédiés au bilinguisme, je pense ici notamment aux classes bilangues récemment supprimées et aux KinderEcole qui rencontrent des difficultés.

Pour remédier à cela, il faudrait déployer des moyens financiers, matériels et humains en conséquence : mettre en place des parcours bilingues dans 50 % des écoles primaires, proposer des semaines linguistiques chaque année, favoriser la découverte et l’apprentissage d’autres langues que l’Anglais et l’Espagnol : pourquoi l’Arabe, le Chinois ou le Russe ne sont jamais enseignés dans les écoles primaires, mais uniquement au lycée en LV3 ou LV4 ? Renforcer le développement des partenariats européens et internationaux entre les écoles, en favorisant l’inclusion sociale des enfants, en organisant des rencontres multilingues tout au long de l’année, instaurer une semaine des langues, constituent autant d’idées et de propositions qui pourraient favoriser le développement du multilinguisme.

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